demi-tour du Mont Blanc

Mon demi-tour du Mont Blanc

M’y voilà ! Courmayeur, 8h45 du matin, ce vendredi 31 août. Plus de 2000 coureurs autour de moi et loin devant l’arche de départ de cette CCC, je la vois à peine…
Des mois de préparation pour en arriver là et dans quelques minutes se sera parti pour ce premier 100km autour du Mont Blanc. J’espère rallier Chamonix en bon état, en un peu moins de 24h. La préparation s’est bien passée. Je crois que j’ai fait ce qu’il fallait, pas mal de volume, des blocs et des courses préparatoires bien placés, des temps de repos pour monter en puissance sans se blesser, sans en faire trop. Je suis confiant mais je n’ai jamais passé une nuit à courir dehors, on nous annonce des températures ressenties proches de 0°…

Le speaker donne de la voix, la célèbre musique de l’UTMB me prend au ventre… Les élites et les coureurs de la première vague sont partis, dans un petit quart d’heure ce sera à nous. J’échange un peu avec deux coureurs à côté de moi, 12 ou 13ème fois pour eux sur les courses de l’UTMB, respect. Le conseil qu’ils me donnent est simple : la course démarre à Champex, c’est-à-dire au km 55, avant faut pas bouger. OK c’est noté, on part tranquille et on verra bien ce qu’il reste après Champex !

9h15, c’est parti ! La tension se relâche avec le départ, on peut enfin dérouler les jambes. Quelques km de bitumes dans les rue de Courmayeur avec du public et une bonne ambiance, puis ça commence à grimper, toujours sur la route. Je croise une coureuse turque en sandales… bon courage !!

On enquille rapidement sur un single où ça se met en file indienne, que l’on ne quittera quasiment pas pendant les 11 premiers km et le sommet de la Tête de la Tronche. 1400m de d+ avalés et je peux enfin commencer à doubler dans la descente. Le temps est pas trop mal, il fait bon et on a quelques belles vues sur les sommets du massif du Mont Blanc. Premier ravito express au refuge Bertone et on prend un sentier vallonné en balcon où l’on déroule. Je me sens assez facile, les sensations sont bonnes, pourvu que ça dure.

Un peu plus loin le refuge Bonatti, puis ça grimpe et redescend vers Arnouvaz où j’arrive après 5h15 de course. Je suis facile dans les descentes, pourtant pas trop technique, alors que beaucoup de coureurs sont en galère dès qu’il y a quelques cailloux, ça me surprend et je me dis que ça va être un bel atout pour la suite.

Les choses sérieuses commencent vraiment avec la montée vers le Grand Col Ferret qui nous fera passer en Suisse. La montée est raide et le sommet est dans le brouillard. Une pause pour mettre la veste, puis une autre pour les gants, l’ambiance change, on y voit plus grand-chose. De plus en plus de coureurs s’arrêtent dans les virages pour souffler. Passage express au sommet, pas de paysage à admirer et surtout il fait super froid ! Je redoute un peu ce qui nous attend maintenant, la longue descente vers la Fouly, rendue glissante par la pluie qui s’abat maintenant sur nous. Je double pas mal de monde, je me prends une belle gamelle, je suis couvert de boue, mais je suis plutôt content des jambes et j’arrive trempé au ravito après 8h de course. Il fait chaud sous la tente, ça fait du bien et surprise, Marine et Ludo sont venue me faire un petit coucou ! Je prends le temps de me réchauffer avec le super mélange bouillon et riz qui sera mon carburant tout au long de cette CCC, tout en discutant avec les copains. Ils me trouvent bien, on rigole, le moral est au top quand je repars de la Fouly !

On continue à descendre sur des sentiers pendant encore une dizaine de km, je déroule, je suis bien, je double beaucoup de monde jusqu’au bas de la côte vers Champex. Elle n’est pas très longue ni très dure mais elle fait mal aux jambes, et avec la nuit qui commence à tomber le moral en prend un coup… il va falloir gérer la nuit et le froid maintenant.

La base de vie est bondée, il fait presque trop chaud là-dedans, c’est très bruyant, désagréable. Je me trouve un petit coin de table et de banc pour m’installer, déballer mes affaires car il faut se changer et s’habiller pour la nuit. Penser à bien manger aussi, quelques pâtes en plus du bouillon-riz habituel. Les accompagnants des autres sont pénibles, ils ne font attention qu’à leur coureur, renverse les affaires des autres… Je reçois un coup de fil de Thierry qui me fait le plus grand bien, puis un de mon père. Bon, à un moment faut repartir quand même ! Je m’habille avec tout ce que j’ai sur moi, y compris le pantalon et les gants imperméables, le bonnet. Frontale vissée sur le front, la musique dans les oreilles, je repars dans la nuit. Et dès les premiers pas au bord du lac de Champex, c’est fou, je suis super bien, comme si je repartais tout neuf ! Je sens déjà que je vais me régaler, j’aime cette ambiance des courses nocturnes, je suis dans ma bulle de lumière, avec la musique qui me redonne de l’entrain.

Montée vers la Giète, j’aperçois de temps en temps les frontales des coureurs au-dessus de moi, c’est raide mais je suis vraiment bien. 11 places de gagnées dans la montée, puis 37 dans la descente vers Trient. Un stop à la base de vie pour un bouillon-riz réparateur et c’est parti pour celle que je redoute, la montée vers les Tseppes et Catogne. C’est vraiment dur, il faut appuyer fort sur les bâtons et surtout pas s’arrêter. Je double encore 20 personnes dans la côte, puis poussé par un espagnol je fais une super descente vers Vallorcine. Il est 2h du mat mais je m’en rends à peine compte, les endorphines et l’adrénaline me tiennent bien éveillé, j’ai la patate et j’en profite. 60 coureurs doublés quand j’arrive à la dernière base vie ! Bouillon-riz, un verre de Coca et me voilà reparti dans la nuit.

C’est peut-être le premier moment de la course où je me retrouve tout seul en grimpant vers le col des Montets. C’est régulier, j’ai un bon rythme. Je ne tarde pas à rattraper et déposer quelques petits groupes de coureurs. J’attaque les dernières pentes vers la Flégère avec une coureuse anglaise qui imprime un bon tempo, jusqu’à ce qu’elle craque et s’arrête d’un coup dans un virage… Je continue tout seul mais ne tarde pas à rattraper encore des coureurs dans cette dure montée. Il est 6h quand j’arrive au dernier ravito, j’ai encore gagné 30 places. Je ne m’arrête quasiment pas, ça commence à sentir fort l’écurie, plus que 8km de descente jusqu’à l’arrivée !!

Je suis au taquet, quasiment le seul coureur à courir, et du coup je double, je double, même si chaque pas, chaque impact me fait mal aux pieds et traumatise mes quadriceps qui crient pitié, je continue à envoyer tout ce qu’il me reste d’énergie. Je fends la brume matinale et me rapproche le plus vite possible de la ligne. Et enfin je commence à apercevoir les premières maisons de Chamonix, j’arrive sur le bitume, des bouffées de je ne sais trop quelle émotion remontent et me mettent la larme à l’œil, je touche au but ! Tous les spectateurs matinaux que je croise me félicitent, et je crois que je leur rends bien leur sourire, la joie de l’avoir fait m’envahie. Derniers hectomètres dans Chamonix, un peu plus de public, je double encore quelques coureurs qui en terminent péniblement. J’aurai encore gagné 55 places dans la descente !

Et enfin la voilà !! L’arche d’arrivée, la place avec l’église au fond. Le speaker est assez discret à cette heure matinale, il se contente de donner les noms de ceux qui passent la ligne, et j’entends le miens, ça y est, c’est fait !! Contrat rempli, et plutôt pas mal, je boucle cette CCC, mon premier 100 km, avec 6100m de dénivelé en 21h45. Je suis 699ème, soit dans le premier tiers des partants, nous étions 2100 sur la ligne à Courmayeur.

Je suis aux anges, je l’ai fait et bien fait, je suis même plutôt en bon état, je me dis que s’il restait quelques km j’aurai pu repartir. J’ai vécu une super aventure, j’ai pris un plaisir fou.

Merci à tous celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont participé à cette aventure en partageant les sorties d’entrainement, les sorties longues, les courses, les discussions sur le pourquoi, le comment, le à quoi bon…

Je pense à tout le chemin parcouru pour en arriver là, aux étapes franchies une par une sans vouloir aller trop vite, et je suis sûr que cette belle course n’est en fait qu’une marche supplémentaire vers de plus hauts sommets !

Vincent M