Festa Trail : 120km !

19 Mai 2018
UltraDraille 2018
120 kms/5000mD+

Un compte-rendu de course par an, c'est une bonne moyenne...
Richard (Lvnx), je te préviens: 120 km, c'est long à raconter... 😉

"Ils ne savaient pas que c'était impossible alors, ils l'ont fait"
C'est une phrase que j'aime bien...
Là, je savais que ça entrait dans le champ des possibles... Ce que je ne savais pas, c'est que ce serait aussi dur...

3h40- Je rejoins Olivier... Je comprendrai plus tard pourquoi il voulait se garer au plus près de l'arrivée...
4h00- Départ de la navette. On rejoint Cause de la Selle.
5h30- Après un décompte à capella (le sommeil des habitants prévaut), le départ est donné... On s'élance dans la pénombre...
Petit à petit, le peloton s'étire...
Sans cardio, je cours à la sensation... Je suis à côté de Ben qui peu à peu s'éloigne...
On quitte les chemins de DFCI pour attaquer le monotrace qui monte au dessus de Pégairolles de Buèges...
Francesca m'avait promis un magnifique lever de soleil sur le Mont Haut... Il est là, pile-poil à l'heure, sans un nuage...
Je continue sur ma lancée... Cruel dilemme du trail, tu découvres des paysages magnifiques et tu ne t'arrêtes que très rarement pour les immortaliser... Une photo et tu perds 15 places... Ou plus...
Il fait jour à présent... Le sentier monte, descend... Remonte... Redescend... Etc...
On arrive aux "dalles blanches"--> Descente sur le Mas de L'Agre et on file vers le Roc de la Vigne où on rejoint ensuite le monotrace de la Sautaroc...
"Ça va, Christophe...?" C'est Ben qui m'a rejoint... Je l'ai doublé sans m'en rendre compte... (Je n'aurais jamais pensé faire ça un jour sur une course: doubler Ben...!!). Il reprend la main et trace devant...
J'attaque la descente sur Saint Guilhem...
Il fait chaud... Trop chaud pour 8h00 du matin... Je prends un de mes bidons et m'arrose... Ça va mieux...
Arrivée au 1er ravito en 3h06... Je suis en avance sur mes estimations... Je prévoyais 3h30, le temps réalisé en reco... Je me dis que je risque de le payer plus tard...
Ravito rapide... C'est vite vu: il n'y a plus rien...
Je sors mes bâtons et je repars...
On attaque les choses sérieuses... La montée vers les Fenestrelles...
L'homme au yukulélé, me double... Il finira 30ème... Je suis vraiment parti trop vite...
Fin de la 1ère montée... Je récupère sur le goudron... Un gros morceau m'attend: l'ascension vers le Mont Baudille...
Ça monte... Régulièrement mais, ça monte... Encore et encore... Nouveau coup de chaud...
Je n'arrête pas de m'arroser... Finalement, je crois que j'ai bien fait d'investir dans un sac avec des porte-bidons...

Mont Baudille km32- 5h00 de course
J'ai repris un rythme plus normal... Je retrouve Leopold (#Manu), Richard et Serge...).
Ça fait du bien de les voir... Je prend le temps de récupérer de la montée...
Je repars pour 15 kms jusqu'à Pégairolles, une portion vallonnée pas compliquée en soi mais, usante après 5h de course...
Un peu plus loin, je passe devant Thierry et Sylvie... Je ne le sais pas encore à ce moment mais, je vais les revoir un peu plus loin et ils auront une attitude déterminante pour moi...
Je commence à montrer des signes de fatigue... Je m'accroche derrière une jeune coureuse mais, elle finit par me lâcher... Je ne tiens plus derrière des seniors... J'alterne marche et course...
Le temps s'est couvert... Il fait lourd... Des orages de chaleur ont été annoncé en fin d'AM...
La descente vers Pégairolles est terrible... Je commence à avoir mal sous l'avant des pieds... Je ne pense même pas à des ampoules... J'ai un espèce de cuir à cet endroit, de la peau tannée, durcie à force de sorties sur les cailloux du Pic et de la Buèges... Ça ne peut pas être ça...

Ravito de Pégairolles
Je retrouve Ben qui m'annonce qu'il abandonne... Ses allergies ont eu raison de lui... Il a du mal à respirer...
Je récupère un peu, prends le temps de manger et je repars...
Deuxième grosse difficulté: Peyre-Martine...
Je la connais cette montée: 3 km, ce n'est pas long... Mais, elle fait mal...
Je rattrape un coureur assis sur le bord...
"Ça va ??"
"Oui oui... Je vais juste dormir 5 minutes..."
"OK..." (On a tous nos petits trucs...)
Sommet de Peyre-Martine, j'attaque la descente... Ça se passe bien... Je suis en terrain connu et j'ai retrouvé des forces...

Passage à Saint-Jean de Buèges
Thierry, Ben et Sylvie sont là... Toujours bienveillants...
Et je continue vers la montée de la Coupette, 3ème grosse difficulté...
J'ai du mal à démarrer... Un coureur me rejoint...
"Suis-moi... On monte mieux à deux..."
Je m'accroche... Effectivement, ça marche...
On discute... Il a fait la Diago l'an dernier... "J'étais dans l'avion avec un coureur de Saint-Mathieu... Philippe Eustaquio..."
Le monde est vraiment petit...
200 mètres avant le sommet, je me dis qu'il ne faudrait pas que j'oublie de boire... J'aspire sur le tuyau de mon camel-back et, là, plus de jambes... Tout s'effondre... Impossible de continuer... Je prends 2 minutes pour récupérer... Mon comparse s'est éloigné et disparaît au sommet...
Sommet de la Coupette...
Jonction avec le Roc Blanc... Toujours aussi longue et difficile...

Ravito du Roc Blanc
J'ai du mal... Je porte un Tuc à la bouche...
Mais non... Ça ne veut pas... 1ères nausées...
Je commence à me refroidir... Je claque des dents...
Je repars...
Je n'arrive plus à courir... Toujours cette douleur sous les pieds et mes orteils commencent à taper au fond des chaussures...
Je me dis que chaque année, il me faut une taille de plus...
Je passe à côté de Christophe et d'Elena, qui m'encouragent...
La descente jusqu'à Brissac est longue...
Elle me mine... J'en viens à préférer quand ça monte... Je commence à me demander si je vais aller au bout...
Rémy me rejoint: il est monté depuis le ravito et me conduit doucement jusqu'à Brissac...

Ravito de Brissac
Et là... Ils sont tous là... Une très très grosse délégation du Saint Mathieu Athlétic...
Cha Cha, Pierre, Bruno, Katrina, Céline, Rachel, #Manu et ceux que j'oublie... Je ne sais même plus qui j'ai vu...
Christelle, Lise et Vincent sont là aussi... Ça fait du bien de les voir...
Je suis un peu hagard... En mode automatique... Je change de chaussures et je rajoute des semelles en gel... J'espère soulager un peu mes appuis... Je n'enlève même pas mes chaussettes... Je ne veux pas savoir...
Je mange basique... (Faut vraiment que je travaille mon alimentation pour les prochaines courses...)
J'hésite à répartir... Le kilométrage est incertain... On pensais être à 80 mais, non, on est à 74 ou 76...
J'essaie de voir sur le suivi course où est Olivier... Pas de réseau...
Allez... Je repars... Au moins jusqu'à la Guichette...
Rémi et Cha Cha m'accompagnent...
"Ça va repartir, les jambes... T'inquiète pas... Plus qu'un petit marathon..." L'optimisme de Rémy...
Bin non... C'est pas reparti...
Je n'y arrive pas... Trop mal aux pieds...
Je passe en mode Marche Rapide... Régulier mais, rapide... Ça fonctionne... J'avance... Moins vite que je ne le voudrais mais, j'avance...
La nuit est tombée... Je suis seul maintenant... De temps en temps, une frontale au loin... Devant ou derrière...
Je passe le pont de Saint Étienne d'Issensac et j'attaque la montée vers la Guichette... Elle me paraît plus longue que l'année dernière... Seul dans le noir... Une pause avant le mur et j'entre dans les bois...

Ravito de la Guichette
Encore un superbe accueil... Réconfortant voire maternant... La soupe de pâtes fait du bien...
Mais, coup de massue... L'organisation du Festa a rallongé la portion jusqu'à Saint Martin de Londres... Je calcule... Mince, il en reste 20 jusqu'à Saint Martin...
Mais, on nous rassure: si ça a été rallongé avant St Martin, ils ont raccourci entre St Martin et St Mathieu... Pourquoi on croit les bénévoles sur les courses...??
23h00 Je repars avec trois coureurs... On se suit en file indienne... Passage à gué dans le Ravin Des Arcs.. J'arrive à ne pas mouiller mes chaussures...
Plus personne ne court... Ceux qui courent sont bien loin devant...

Mini-Ravito de la Suque
Bonne ambiance encore... On nous annonce 13 km et 300 de D+... Un verre d'eau et je repars... Je rejoint Gérard, un V3 exceptionnel... Il m'impressionne... J'espère avoir autant d'énergie à son âge... Il arrivera 30 minutes après moi...
Je le dépasse...
Je ne peux toujours pas courir... Mes pieds me font de plus en plus mal... Ça me ronge... J'ai l'impression d'être en randonnée nocturne et je suis pas venu pour ça... Je ne conçois pas de ne pas courir un minimum...
Au bout d'un long moment, ma décision est prise... J'en ai marre... Je rendrai mon dossard à St Martin...
Je continue d'avancer... Je suis tout seul... Isolé... Je ne sais même plus où j'en suis... Ma montre est complètement HS et refuse de se recharger... Je suis le balisage de manière automatique...
Et, tout d'un coup, je suis ébloui par une lumière... Je ne l'ai même pas vu arriver...
"Mais, c'est mon Cricri...!!"
Je mets du temps à tout reconnecter et à comprendre que c'est Thierry qui est là, devant moi... Il est venu me chercher...!!
Et là, je vide mon sac... J'en ai marre... Je vais arrêter à St Martin... Je ne suis pas venu pour faire de la randonnée...
Je le suis dans la nuit... Il me rassure, m'explique que plus personne ne court à cette heure-ci, que ce serait dommage d'arrêter là... Ils ont décidé avec Sylvie de m'accompagner jusqu'à Saint Mathieu...
4 kilomètres et demi ensemble et on arrive enfin à St Martin... Il est presque 3h00 du matin...
Encore un accueil que je garderai en mémoire...
Séverine est là... Elle accueille chaque coureur avec un calme et une gentillesse que je trouve exceptionnels à ce moment-là... Depuis le début de la nuit, l'ambiance n'est plus la même sur les ravitos, tout est plus calme, les coureurs sont fatigués, les bénévoles plus prévenants...
Sylvie est là qui m'attend...
Francesca et Paul sont là aussi... Je remercie Francesca de m'avoir embarqué dans cette "belle galère", "belle" parce que c'est une belle aventure et j'adore ça, "galère" parce que, là, je suis vraiment vraiment dans le dur...
J'espère à posteriori qu'elle l'a compris comme ça...
Un soupe de pâtes plus loin et Séverine se penche vers moi... "Tu sais: il ne faut pas rester trop longtemps sur les ravitos..."
Je comprends et me lève..
18km500... C'est ce qu'il reste jusqu'à l'arrivée... Ils n'ont rien raccourci... (C'est pour ça il ne faut jamais croire un bénévole... 😉)
On repart en marche rapide... 7km/hre me dira Thierry... Il marche devant et me tire... Sylvie est en serre-file... On arrive rapidement au Mas de Londres... On bascule derrière et on descend rapidement derrière le lac de la Jasse... Le temps passe... Je ne sais toujours pas qu'elle heure il est... Ça n'a plus d'importance... Je marché droit devant... J'en ai assez... Je veux arriver...
J'appréhendais la remontée vers Cazevieille... Elle se passe bien...
Arrivée au ravito... Pause brève (le temps de changer les piles de la frontale de Sylvie) et on repart... Je sais ce qu'il m'attend maintenant...
La montée vers la Croisette se fait relativement vite...
On attaque la descente...Mais, c'est là que tout se complique... Je ne peux plus poser l'avant des pieds... Obligé de descendre en posant le talon ou la voûte plantaire sur les cailloux... Jusqu'au moment où je sens quelque chose éclater sous le pied... Finalement, c'était bien une ampoule (sous 1 ou 2 mm de corne, elle a eu du mal à trouver un chemin mais, elle a fini par trouver où éclater...). Le deuxième pied suivra peu de temps après... On a beaucoup de mal à éviter les cailloux dans la descente du Pic... Mais, je descends malgré ce... Les pieds à plat... Pas du tout esthétique...
Christelle qui m'attend depuis 5h30 à l'arrivée, s'impatiente... Elle a décidé de monter vers moi... C'est là qu'elle me retrouve... Au milieu des cailloux... Elle filme, immortalise l'instant... Il n'y a rien de beau dans ma démarche mais, il faut se souvenir...
Si...!!! Le lever de soleil sur la plaine est magnifique...
"C'est tellement beau que j'ai envie de chialer..."
Cette expression prend tout son sens ici... Parce que c'est ce qu'il manque arriver... La fin est proche, la fatigue prend le dessus, les larmes montent... (Non... Pas là, pas maintenant, Christophe...!!). Je suis vraiment au bout, à bout..
On arrive enfin sur le goudron... La délivrance...!!
Je repars de plus belle... Faut en finir maintenant...
On est à 1km500 de l'arrivée... Je fais ce que je déteste faire: je double un coureur... Le doubler là, c'est comme si je le coiffais au poteau sur un train court alors qu'il a toujours été devant moi... Je lui intime de s'accrocher, de venir avec moi... Mais non... Plus d'ischios...

Elle est toujours là, la Carrière de Morts...
Je la dévale... Toujours les pieds à plat...
400m... Ils vont être longs...
J'essaie se courir mais, non, ça ne veut pas...

Dernière ligne droite...
Là, je cours...
Mais, c'est uniquement pour la caméra de Thierry...

Ligne d'arrivée
25h06 - 4,78 km/hre de moyenne
79ème / 127 arrivants / 187 inscrits
120 km officiels / 5000 m de D+
XX mille points de suspension dans ce récit...

Je ne réalise pas vraiment que c'est fini...
On me propose le repas du coureur...
Non... Merci... Pas de saucisse-lentilles à 6h00 du mat... Je crois que ça ne passerai pas...

Je ne remercierai jamais assez Thierry et Sylvie... Sans eux, je serais toujours à Saint Martin de Londres... J'aurais vécu mon premier abandon...
Je peux remercier chaque membre du SMA présent tout au long du parcours...
Ça me rappelle un film... "Je suis un peu le local de l'étape..." J'ai oublié le titre...
Chaque mot, chaque geste, chaque attention qui, même s'ils sont peu de choses, font énormément de bien...
Remercier ceux qui ont cru en moi malgré mes hésitations...
Comme ceux qui y ont moins cru... ("Ouais... Quand tu arriveras à 9h30..."). Paradoxalement, c'est peut-être la remarque qui m'a le plus aidé à tenir...
Remercier l'organisation du Festatrail, chaque coureur que j'ai rencontré saluait la qualité de l'organisation...
Remercier l'ensemble des bénévoles...
Et tous ces spectateurs inconnus qui, tout au long du parcours, sans te connaître, te salue et t'encourage...

Épilogue
Je suis enfin rentré à la maison...
J'ai enfin quitté mes chaussures...
Bilan: 5 hématomes sous-unguéaux, 2 ongles décollées, 2 ampoules sous l'avant des pieds...
Je ne mettrai pas de photos de mes pieds... Trop moches... Seul, Jerome apprécierait et encore, je n'en suis pas sûr...

Et, si dans la descente du Pic, je disais: "Plus jamais..."
À midi déjà, je disais: "Pourquoi pas..."
Et demain, je dirai:"Sûrement..."