Trail aux étoiles à Murles

Trail des étoiles filantes de Murles, par Manu D
On est début août, je suis dans le canapé en train de travailler ma foulée en regardant les mondiaux d’athlétisme de Londres, je sens que je progresse, je suis bien... C’est le moment que choisit Murielle pour me lancer : « y’a un trail nocturne ce WE à Murles, y’a plein de gens du club, je me suis inscrite » . Je ne sais pas pourquoi, je sens comme une petite once de défi, faut dire que depuis de petites blessures, j’ai beaucoup levé le pied que ce soit pour la fréquentation du club comme pour celle des courses. Je bondis du canapé après avoir posé ma bière et lance : « allez, je m’inscris ! » Bon, je devais pas être si motivé que ça car j’ai du m’y reprendre plusieurs fois pour arriver à joindre la licence au bon format et faire le paiement dans les temps.
On se retrouve vendredi 11 août au soir à Murles, effectivement, plein de gens du club, mais aussi plein de gens tout court, des organisateurs à la pelle, des coureurs, des gens du village qui en profitent pour faire la fête, une fanfare, des foods-trucks, un joli petit village décoré de lampions, des animations proposées aux petits et aux grands, avec des lunettes d’observation pour regarder les étoiles, bref un endroit charmant dans une ambiance très sympathique.
Le dossard étant récupéré, on écoute le briefing du 30 km qui part à 21h00, l’organisateur s’emmêle les pinceaux, il écorche 3 fois le nom du village à côté de la maire ! nous annonce une difficulté au 5éme km commune au 10 et au 30, puis c’est le départ du 30, on encourage nos petits camarades, Thierry, Nathalie, Philippe,José, Nadine,… et on va s’échauffer, autant pour se réchauffer que pour préparer la première grosse montée qui commence 500 m après le départ. On discute stratégie de course : tu prends à boire ou pas, 10 km, 300 mètres de dénivelée, ça va pas être long, c’est pas la peine de s’encombrer , oui, mais si on se perd, si c’est plus dur que prévu, moi j’ai mis 2 couches, il fait pas chaud, 2 qui ont oublié leur frontale, une qui a oublié la batterie sur le chargeur… on dirait un peu le village gaulois avant la bataille, c’est fébrile.
Voilà, 21h30 arrive, c’est le départ du 10, les énergies se libèrent, une belle cohue, 500 m de descente et l’attaque de la montée, belle montée, bien longue, pas si dure que ça au début, mais qui dure et qui monte de plus en plus, ce qui fait qu’on passe du « c’est de la gnognotte leur montée » à « elle dure longtemps quand même » à « c’est à cause du noir ou c’est vachement pentu ? » bref quand certains se mettent à marcher on se dit qu’on va laisser un peu retomber le cardio, faudrait pas tenter l’infarctus. Les meilleures choses ayant une fin, on arrive sur le plateau à côté d’une centrale photo-voltaïque qu’on longe un moment, on profite du plat pour réguler le cardio, les positions se sont stabilisées, plus trop de dépassements, dans un sens ou dans l’autre . On profite de la vue sur les villages en contrebas, tout illuminés. On part sur un monotrace sympa, sauf qu’ils ont sûrement voulu nous montrer l’endroit où ils faisaient pousser les cailloux de la région, les chevilles ont la danse de Saint-guy, ça bouge dans tous les sens, ça en devient usant, je me dis que j’ai pris des chaussures trop souples, un regroupement se fait, ça tombe bien, on est en pleine descente à l’endroit où l’organisation a installé des cordes, 2 passages se succèdent, bien encadrés par les organisateurs, et tout d’un coup on se retrouve sur le plat, dans l’herbe, quelle douceur ! Pas pour longtemps, ça remonte gentiment, je suis un gars qui me dit être le président des foulées pradéennes, on fait chemin ensemble, dans une descente la frontale qu’il s’est fait prêter donnant des signes de faiblesses (décidément !) il me laisse passer, on remonte sur un concurrent qui accélère pour ne pas se laisser doubler, ça me va, c’est plus facile de suivre que de faire la trace dans le noir et les cailloux. Au bout d’un moment notre ouvreur se jette à l’horizontale, j’ai l’impression d’être revenu à mes mondiaux d’athlétisme où certains se jettent sur la ligne d’arrivée pour passer en premier, mais là on est loin de tout, en pleine forêt, pas de ligne en vue! Et notre gars au lieu de pousser des cris de joie se met à geindre, avec mon président, on se dit qu’on va l’aider, on pourra toujours parler d’une bonne action pour justifier notre piètre performance, on relève notre plongeur et on le soigne d’une bonne tape dans le dos accompagné d’un « ça va ? » certainement réconfortant ! Au sortir du bois nouvelle montée sur une large DFCI, un organisateur nous propose de l’eau, plus que 3km à faire, c’est trop tard, ça vaut pas le coup de boire maintenant, j’enquille la DFCI et comme ça monte et que je vais pas bien vite, j’éteins ma frontale pour regarder les étoiles tant promises, le ciel est dégagé par le vent qui n’arrête pas de souffler, c’est de toute beauté. Ca monte à nouveau de plus en plus, c’est à se demander comment font les organisateurs pour mettre autant de montée dans 300m, je me remets à marcher, mais je me refroidis et préfère relancer. Je croise un autre signaleur qui me demande si j’ai des soucis avec ma lampe, un peu bravache, je lui sors que je me guide aux étoiles, il me répond « tu es un vrai ! », tu crois quoi je lui dis, je suis Sanglier Dundee, une sorte d’aventurier du bartas, comme il faisait nuit, il saura pas si c’était du lard ou du cochon.
Enfin c’est la descente finale, on arrive au rythme de la fanfare, au milieu des lampions qui bordent la route, on nous donne un beau tee-shirt noir, un gobelet avec un bon pour une boisson pétillante au houblon, on mange un petit Tuc en se congratulant, on regarde passer nos petits copains du 30, on est pas bien là à boire notre bière sous les étoiles !
Manu